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Le syndrome du lampadaire : de la légende à la stratégie

Un promeneur marchant à la nuit tombée aperçoit un homme courbé sous un lampadaire. Il s’approcha et lui demanda : Bonsoir, avez-vous perdu quelque chose ? Oui, j’ai perdu mes clefs ; lui répondit l’homme sous le lampadaire. Le promeneur, serviable, commence alors à chercher. Après quelque temps, il interroge à nouveau.

Etes-vous certain d’avoir perdu vos clefs à cet endroit ? Non, répond l’homme, mais au moins ici il y a de la lumière !

Cette propension à ne regarder que « là où c'est éclairé », à ne chercher que « là où c’est simple » est désignée sous l’acronyme de « syndrome du lampadaire ». Il reflète un attachement naturel de l’homme à prioriser la facilité, sa faiblesse à se cantonner aux éléments supposés acquis et son inclination maladive pour ses zones de confort. Le syndrome du lampadaire décrit la quête de simplicité mêlée à une insuffisance de pensée, qui nous poussent inconsciemment à nous autocensurer sur tout ce qui surpasse l’état actuel de notre vue et/ou de nos savoirs. Cette anomalie cognitive nous amène parfois à restreindre les univers possibles d’analyses et de recherche au domaine présent et pauvre de nos connaissances, compromettant ainsi toute idée de réussite exigeant une once de projection au-delà du « connu ». 
Dans le contexte de la légende phrasée plus haut, ni le problème (clé perdue), ni la solution ne seraient sous le lampadaire ; pourtant, l’homme, concentré à l’extrême et pupilles rivées au sol, s’y échine et cherche sa clé. Chercher là où on ne trouverait jamais ! Quel comble de l’irrationalité, pourrait-on dire ! 
Mais, en lisant entre les lignes, le syndrome du lampadaire distille une première vérité, reflet des erreurs commises dans certaines démarches stratégiques, souvent hâtives, fondées sur de prétentieuses certitudes, faisant complètement fi du plus simple des rationnels scientifiques : observer, analyser, conclure, agir et évaluer. Il est de notoriété académique que la stratégie découle d’abord d’une vision (là où on veut aller) et par la suite d’analyses détaillées avec des outils adéquats pour définir le schéma optimal pour la réaliser. De ce point de vue, engager une démarche stratégique sur des « axiomes ou convictions personnels », fussent-ils tirés d’incalculables années d’expériences, et trimer ensuite pour les justifier (et très difficilement) avec des analyses et des données à la carte ne sont que contrario de ce qui doit être fait dans la rigueur de la logique scientifique et stratégique. En fait, ceux qui optent pour une telle approche ne font rien d’autres que chercher sous un lampadaire (leurs zones de confort) d’hypothétiques solutions qui ne s’y trouveraient pas. Clairement, il n’y a que peu d’espoir de réussite rationnelle dans une telle approche, certainement apanage des consultants de l’aléa. 
Parallèlement à cette première analyse, le syndrome du lampadaire révèle une seconde vérité concédant une certaine rationalité stratégique (malgré les apparences d’irrationalité totale) dans la démarche de l’homme qui cherche sous le lampadaire. Il lui revient le mérite d’avoir compris que pour atteindre l’objectif (retrouver sa clé la nuit), il lui faut choisir ses batailles (la zone du lampadaire), utiliser des moyens adéquats (la lumière) et travailler en équipe (acceptation de l’aide et écoute du promeneur). Cependant, se limiter au pourtour du lampadaire (quête inconsciente de facilité, mauvais choix des batailles à mener…) donne fondamentalement raison aux esprits critiques qui qualifient cette rationalité de limitée.
La rationalité complète exige donc d’être plus exhaustif, d’aller au-delà des « zones éclairées », pour poser, sur la base d’analyses solides, un diagnostic intégral/fiable et formuler une stratégie gagnante. Jean de la Fontaine, n’insistait-il pas sur cette nécessité de complétude rationnelle dans la prospective lorsque, citant le riche laboureur prodiguant conseil à ses enfants pour trouver un trésor caché, il incitait à creuser, à fouiller, à bêcher, à ne laisser nulle place ou la main ne passe et repasse.

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